En 2024, 82 % des entreprises ayant migré vers le cloud ont constaté une perte de contrôle sur certains pans de leur sécurité, selon une enquête ISACA. Les équipes informatiques ne disposent plus d’une visibilité totale sur les configurations, les accès privilégiés ou la localisation exacte des données.
Des fournisseurs imposent leurs propres protocoles, rendant difficile l’application de politiques internes strictes. Les transferts de responsabilité entre client et prestataire créent des angles morts, souvent exploités lors d’incidents majeurs.
Ce que le cloud change vraiment pour la sécurité des données
La migration massive vers le cloud computing bouleverse les repères habituels de la sécurité informatique. Les entreprises confient désormais la garde de leurs données et applications à des infrastructures pilotées par des tiers, perdant la main sur une partie des leviers de contrôle. Désormais, le fournisseur de services cloud détient la clé des environnements numériques, ce qui impose de clarifier les nouveaux équilibres de responsabilité.
On entre alors dans l’ère du modèle de responsabilité partagée. Ce principe, souvent sous-estimé, répartit avec précision les tâches entre l’organisation utilisatrice et le prestataire. En environnement IaaS, le fournisseur prend en charge l’infrastructure, le stockage et la connectivité réseau, tandis que l’entreprise pilote les systèmes d’exploitation, les applications et les données. Si l’on évolue vers le PaaS, l’utilisateur se concentre uniquement sur ses applications et ses données, le reste incombant au fournisseur. Sur du SaaS, tout se limite à la gestion des accès et des contenus par le client.
Pour mieux comprendre ces répartitions, voici les grandes lignes du schéma partagé :
- IaaS : l’organisation protège ses applications et ses données ; le fournisseur veille à l’infrastructure.
- PaaS : le client garde la maîtrise sur l’application ; le fournisseur supervise l’environnement d’exécution.
- SaaS : gestion des accès et des contenus côté client ; tout le reste reste l’affaire du fournisseur.
La gestion de la sécurité cloud doit s’ajuster à ce découpage. Les directions informatiques ne peuvent plus imposer un contrôle total ni appliquer leurs outils habituels à toute la chaîne. Les SLA (Service Level Agreements) deviennent alors un repère contractuel : disponibilité, conformité, performance, chaque critère passe par la négociation de ces accords. Les anciennes frontières, physiques ou logiques, s’effacent, la question n’est plus de posséder les ressources, mais de garder la main sur les flux et les interactions avec les prestataires.
Quels contrôles de sécurité sont perdus ou affaiblis dans le cloud ?
Le passage au cloud public rebat les cartes du contrôle de la sécurité. Certains dispositifs historiques se diluent, tandis que de nouveaux défis apparaissent. Le risque de mauvaise configuration prend une ampleur inédite. Un simple paramétrage mal ajusté d’un bucket S3, un port ouvert par inadvertance : voilà qui suffit à exposer des volumes de données confidentielles. L’erreur humaine reste, ici encore, l’une des failles les plus courantes.
Au sein des organisations, le shadow IT s’installe : des services cloud sont consommés à la marge, sans validation ni supervision de la DSI, élargissant la surface d’exposition. Le phénomène du BYOD (Bring Your Own Device) accentue cette tendance et dilue les frontières du système d’information, rendant le contrôle plus complexe et les risques de fuite plus élevés. Sur le plan opérationnel, ne plus avoir d’accès physique aux serveurs et environnements cloud renforce ce sentiment de perte de maîtrise.
La gestion des identités et des accès (IAM) devient alors un pilier incontournable. Mais avec la multiplication des comptes, des droits et la complexité grandissante des architectures cloud, garder la main sur les autorisations relève du défi permanent. Les audits de sécurité, autrefois systématiques et détaillés, se heurtent aujourd’hui à une certaine opacité imposée par les fournisseurs.
Voici les principales failles ou pertes de contrôle observées dans cet environnement :
- Erreur de configuration : principale origine des incidents de sécurité.
- Shadow IT et BYOD : élargissement du périmètre à surveiller.
- IAM : obligation d’un suivi granulaire et constant des accès.
- Audit : visibilité amoindrie sur l’infrastructure physique et logique.
Pour rester à la hauteur, la politique de sécurité cloud doit intégrer ces zones d’ombre, tout en s’appuyant sur des outils de vérification et des mécanismes d’alerte spécialement pensés pour les réalités du cloud.
Violations et menaces émergentes en 2024 : ce qu’il faut surveiller
Les signaux sont clairs : en 2024, les attaques visant les environnements cloud se multiplient et se diversifient. Les violations de données prennent de nouveaux visages : piratage par interfaces API, compromission de comptes à privilèges, détournement de plateformes d’authentification. Les cybercriminels affinent leurs méthodes et ciblent désormais les applications métiers hébergées dans le cloud, exploitant la moindre faille de configuration pour s’infiltrer sans bruit.
La messagerie électronique demeure un point d’entrée privilégié. Les campagnes de phishing évoluent, s’adaptant aux outils collaboratifs et aux plateformes SaaS. Les ransomwares, autrefois confinés aux infrastructures traditionnelles, visent désormais de plein fouet les environnements cloud, bloquant l’accès aux données et entravant la continuité des activités.
Les attaques DDoS montent elles aussi en puissance, tant en fréquence qu’en sophistication. Les opérateurs cloud s’organisent pour mieux se défendre, mais la capacité des attaquants à industrialiser leurs offensives complique sérieusement la riposte.
Parmi les menaces les plus courantes actuellement, on retrouve :
- Piratage d’identifiants : multiplication des vols par hameçonnage ou ingénierie sociale.
- Vulnérabilités des API : exploitation de failles dans les interfaces exposées.
- Perte de données : erreurs de manipulation ou suppressions malveillantes sur les espaces de stockage cloud.
- Malware et ransomwares : attaques ciblant directement les applications SaaS et les solutions de stockage.
Face à cette évolution des risques, les entreprises doivent renforcer leur vigilance, tant sur le plan technique qu’organisationnel, du contrôle des accès à la surveillance des configurations, du monitoring jusqu’aux processus métiers.
Bonnes pratiques et réflexes pour limiter les risques de fuite de données
Pour renforcer la sécurité cloud, il s’agit de conjuguer rigueur humaine et solutions technologiques. Le chiffrement des données, qu’elles soient stockées ou en transit, constitue un rempart solide contre l’espionnage ou le vol. L’authentification multifactorielle réduit drastiquement la probabilité de compromission de comptes, notamment sur les applications SaaS et les consoles d’administration.
Le principe du Zero Trust marque un tournant : chaque accès, chaque utilisateur, chaque appareil ou application doit être vérifié, authentifié et surveillé, sans exception. Une gestion stricte des identités et des accès (IAM) s’impose pour limiter la surface d’attaque et détecter toute tentative anormale. Les outils CASB et CSPM offrent une cartographie claire des usages, un contrôle renforcé et des audits réguliers, permettant de contrer les effets du shadow IT.
La sauvegarde reste un socle fondamental. Des sauvegardes régulières des environnements cloud et un plan de reprise d’activité bien pensé permettent de restaurer rapidement l’activité en cas d’incident ou d’attaque. La formation des équipes demeure également décisive : la sensibilisation des utilisateurs constitue la meilleure parade face aux maladresses ou aux négligences, toujours premières causes de fuite.
Côté infrastructure, la sécurisation passe par des pare-feu adaptés, des antivirus conçus pour le cloud et des audits réguliers. N’oubliez pas de vérifier la conformité avec les certifications de référence (ISO 27001, RGPD, HDS, SOC 2, SecNumCloud), autant de gages de sérieux qui attestent d’un niveau de protection aligné sur les attentes métiers et réglementaires.
Le cloud a changé la donne, mais il n’a pas aboli les risques. La vigilance, la capacité d’adaptation et la lucidité collective font désormais toute la différence pour tenir la ligne face à une menace qui ne cesse de se réinventer.


