On veut vérifier si notre visage traîne quelque part sur le web, on lance une recherche sur PimEyes, et trois secondes plus tard, on réalise qu’on vient de confier nos données biométriques à une plateforme basée à Dubaï. Le paradoxe est concret : PimEyes sert à protéger son image, mais l’utiliser expose cette même image. Voici comment limiter les dégâts à chaque étape.
Paramètres de compte PimEyes à verrouiller avant toute recherche
Avant même de lancer une requête, la configuration du compte conditionne le niveau d’exposition. Par défaut, PimEyes conserve les photos uploadées pour alimenter ses algorithmes de reconnaissance faciale. On commence donc par désactiver toute option de stockage prolongé dans les réglages du profil.
Plusieurs précautions réduisent la surface d’attaque dès la création du compte :
- Utiliser une adresse e-mail dédiée, sans lien avec vos comptes personnels ou professionnels, pour éviter tout recoupement d’identité.
- Ne jamais connecter PimEyes via un compte Google ou un réseau social, car cela associe votre visage à un profil nominatif complet.
- Vérifier dans les paramètres que l’option « Opt-out » est activée pour votre propre visage, ce qui exclut théoriquement vos photos des résultats futurs.
Ce dernier point mérite une nuance. L’opt-out proposé par PimEyes agit sur leur index, pas sur les sites sources. Si votre photo est hébergée sur un forum ou un blog tiers, elle reste accessible même après exclusion de la base PimEyes.

Recherche faciale sur PimEyes : limiter les traces laissées par chaque requête
Chaque photo envoyée à PimEyes passe par leurs serveurs. On ne peut pas l’éviter, mais on peut réduire la quantité d’informations exploitables contenues dans le fichier image lui-même.
Nettoyer les métadonnées EXIF avant l’upload
Une photo prise avec un smartphone embarque des coordonnées GPS, le modèle de l’appareil, la date et l’heure de prise de vue. Ces métadonnées EXIF n’apportent rien à la reconnaissance faciale, mais livrent un contexte complet sur vous.
Avant tout upload, passez l’image dans un outil de suppression EXIF (ExifTool, Scrambled Exif sur Android, ou les options intégrées de certains gestionnaires de fichiers). Un fichier purgé de ses métadonnées ne contient plus que les pixels, ce qui limite ce que PimEyes peut extraire au-delà du visage.
Recadrer le visage pour réduire le contexte visuel
PimEyes analyse les traits du visage, pas l’arrière-plan. Recadrer la photo au niveau du visage avant de l’envoyer supprime les éléments d’identification indirects : lieu reconnaissable, vêtements distinctifs, autres personnes présentes sur le cliché.
Cette étape prend quelques secondes et empêche la plateforme de croiser votre visage avec un contexte géographique ou social.
Demande de retrait PimEyes : ce qui fonctionne et ce qui bloque
PimEyes propose un formulaire de retrait (opt-out) accessible depuis leur site. On soumet une photo, l’algorithme identifie les résultats correspondants, et la plateforme s’engage aux retirer de son index. En pratique, le retrait de l’index PimEyes ne supprime pas la photo du site source.
Pour une suppression réelle, il faut contacter directement le webmaster du site qui héberge l’image. Si le site est basé dans l’Union européenne, le RGPD offre un levier juridique : le droit à l’effacement (article 17) permet d’exiger la suppression de données personnelles, y compris biométriques.
Les retours varient sur l’efficacité de ces démarches selon les sites concernés. Les plateformes majeures répondent en général sous quelques semaines. Les sites hébergés hors UE, en revanche, n’ont aucune obligation de répondre favorablement.
Le problème structurel du scraping continu
L’autorité de protection des données de Hambourg a formellement conclu que les pratiques de PimEyes violent le RGPD, notamment en raison du scraping massif d’images sans consentement. La plateforme s’est déplacée à Dubaï, ce qui rend les mesures coercitives européennes difficiles à appliquer.
Concrètement, même après un retrait validé, PimEyes peut réindexer votre visage lors d’un prochain passage de son crawler. Le retrait n’est pas définitif, c’est une action ponctuelle qu’il faut potentiellement renouveler.

Réduire son exposition faciale en ligne sans dépendre de PimEyes
Attendre que PimEyes supprime vos résultats revient à traiter le symptôme. La source du problème reste la présence de photos de votre visage sur le web ouvert.
Trois actions concrètes diminuent cette exposition :
- Passer en revue les paramètres de confidentialité de chaque réseau social utilisé. Sur Facebook, l’option « Qui peut voir mes publications » et la désactivation de la reconnaissance faciale interne limitent l’indexation par des crawlers externes.
- Demander le déréférencement via Google (formulaire « Suppression de contenus obsolètes ») pour les pages qui affichent votre photo sans raison légitime. Google ne supprime pas la page, mais retire le lien de ses résultats.
- Configurer une alerte PimEyes (fonction disponible avec un abonnement payant) pour être notifié lorsqu’une nouvelle occurrence de votre visage apparaît dans leur index, et réagir rapidement.
L’alerte PimEyes crée une boucle de surveillance : on utilise l’outil qui pose problème pour détecter les nouvelles fuites. C’est un compromis pragmatique, pas une solution idéale.
RGPD et reconnaissance faciale : vos droits face à PimEyes
Le RGPD classe les données biométriques dans les catégories sensibles. Leur traitement sans consentement explicite est interdit dans l’Union européenne. PimEyes, en aspirant des photos publiques pour construire sa base, contourne cette règle en argumentant que les images étaient déjà accessibles.
Cette position est contestée par plusieurs autorités de protection des données en Europe. Le cadre juridique protège en théorie, mais l’application reste limitée tant que l’entreprise opère depuis une juridiction hors UE.
Pour déposer une plainte, on passe par la CNIL en France. La procédure est gratuite et peut être initiée en ligne. Elle ne garantit pas un résultat rapide, mais elle alimente le dossier réglementaire global contre ce type de pratiques.
Utiliser PimEyes pour surveiller sa propre image reste pertinent, à condition de traiter chaque interaction avec la plateforme comme une exposition supplémentaire. Adresse e-mail jetable, photo nettoyée de ses métadonnées, recadrage serré, et renouvellement régulier des demandes de retrait : c’est la combinaison de ces gestes qui protège, pas un réglage unique.

